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Aujourd’hui l’archéologie est devenue une affaire d’équipe qui ne peut plus se limiter à un groupe d’archéologues. De nombreux spécialistes, capables de mettre en œuvre les approches scientifiques complémentaires, sont amenés à travailler en collaboration avec les archéologues :
– géologues et géomorphologues,
– botanistes (palynologues),
– zoologues,
– anthropologues,
– historiens et historiens d’art pour les périodes récentes (Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne).
– physiciens et chimistes,
– mathématiciens (statistiques…).

Dans le but de sensibiliser le public à la préservation du patrimoine archéologique, l’archéologue a également un devoir de diffusion et de mise en valeur des résultats des fouilles et des études au travers de publications et d’expositions.

La datation relative

La stratigraphie

La superposition des couches d’un site archéologique rend compte de leur datation. Les couches les plus profondes sont en principe plus anciennes que celles qui les recouvrent : c’est le principe de la stratigraphie.
Ainsi, dans la maison PC 1, cinq périodes successives d’occupation ont été distinguées d’après l’étude stratigraphique. L’étude des objets trouvés dans ces différentes couches montre que ces périodes s’échelonnent entre la fin du IIe siècle avant J.-C. et le début du Ier siècle après J.–C.

La typologie

Certains types d’objets voient leur forme changer avec le temps, en fonction d’innovations technologiques ou plus simplement de l’évolution des goûts. Les agrafes de vêtement (ou fibules) par exemple, changent si rapidement qu’elles sont un excellent “marqueur chronologique” de la fin de l’âge du Fer et de l’époque romaine. Au contraire, certains objets n’évoluent pas et ne sont donc pas des marqueurs chronologiques.

Étude et interprétation
Comment dater les vestiges ?

Pour la datation des vestiges on procède en deux étapes : on cherche d’abord à établir la datation relative et on estime ensuite la datation absolue. Une méthode de datation n’est jamais utilisée seule sur un site. Il existe plusieurs méthodes que l’on peut combiner.

Le traitement du mobilier

Selon leur nature les vestiges sont traités différemment.

Le mobilier en pierre ou en céramique
En général, ces objets sont lavés avec une brosse douce (faire attention aux décors, aux peintures), séchés et marqués.

Le mobilier métallique
Ces objets doivent être mis à sécher sans lavage préalable, ils sont nettoyés mécaniquement ou chimiquement. Il est possible de nettoyer les objets en fer par sablage (les mettre alors à sécher à l’étuve la veille).
L’utilisation des sableuses est interdite en l’absence d’un responsable, qui sélectionnera lui-même les objets qui peuvent éventuellement être sablés. La micro sableuse est en effet un outil extrêmement destructeur lorsqu’elle est manipulée par une personne qui n’en a pas l’expérience ou qui ne connaît pas les objets qu’elle manipule.

Les matières organiques
Carbonisées, séchées, elles ne posent aucun problème de conservation.
Non carbonisées, les bois, les macrorestes, les grains, ne se conservent qu’en milieu saturé en eau, à l’abri de l’air et des micro-organismes.
Les matières dures animales (os, dents, cornes) sont généralement lavées et séchées.

Le tri et l’identification du mobilier

Provisoirement déposé dans des caisses sur lesquelles sont notés les numéros du chantier et de l’unité de fouille (UF), le mobilier archéologique est trié en plusieurs catégories.
Ces catégories sont au minimum les trois suivantes :
– les vestiges en pierres ou matériel lithique : silex taillé, meules, éléments d’architecture ;
– les vestiges en matières artificielles : céramique, verre, métaux…
– les vestiges en matières organiques : os, dents, cuir, bois, graines.

Que deviennent les vestiges
et la documentation recueillis ?

Mis au jour, les vestiges doivent être prélevés, triés, nettoyés, séchés, rangés, stockés, conservés.
Les informations enregistrées lors de la fouille doivent être ordonnées et archivées pour constituer une nouvelle mémoire du site.

Les contrôles des Travaux Publics

Le hasard peut aussi bien faire les choses. Les tracés d’autoroutes, de TGV et tous les travaux de terrassements (réseaux EDF., du téléphone, des canalisations d’eau, de fondation d’immeubles, la construction de parking souterrain), doivent être attentivement surveillés. Ces tranchées profondes, surtout en ville, recoupent souvent des niveaux anciens.

La prospection aérienne

Elle permet de repérer les anomalies du relief ou de la nature du sous-sol.
Cette détection des microreliefs dépend de l’éclairage. La saison la plus propice est l’hiver avec un soleil rasant.
Si les structures sont enfouies, à certaines saisons, c’est la différence de croissance des végétaux qui traduit les anomalies du sous-sol (fig. 2). Un fossé rempli de terre végétale qui garde bien l’humidité va favoriser la pousse de certaines plantes ; au contraire, sur des murs, les plantes ne trouveront pas de bonnes conditions de croissance et pousseront mal. Ces différences de croissance des végétaux sont visibles à certaines saisons ou dans certaines conditions (sécheresse) et peuvent être vues du ciel. Elles se traduisent par des nuances de couleurs différentes qui dépendent des végétaux (le blé n’est pas sensible de la même manière que la luzerne et les structures peuvent se répartir sous plusieurs cultures). Aussi, il faut survoler de nombreuses fois une région pour avoir une idée complète des vestiges enfouis.

La prospection géophysique

Vis-à-vis du terrain dans lequel ils sont enfouis, les vestiges archéologiques peuvent réagir différemment à la circulation d’une onde électrique, électromagnétique ou sonore : une masse d’argile cuite est fortement magnétique, un mur en pierre est plus résistant au courant électrique, etc.
Diverses techniques de mesure permettent ainsi d’enregistrer les vestiges enfouis à partir de certaines de leurs caractéristiques physiques.

La microtopographie

Dans les terrains non cultivés (en forêt par exemple), ce sont les anomalies du relief qui permettent de déceler des structures ruinées enfouies (murs, tumulus, fossés, remparts…) qui ne sont pas encore totalement nivelées par l’érosion.

La prospection

À vue, au sol ou pédestre.
La prospection à pied est simple dans son principe, mais elle exige une observation attentive du sol. Il suffit de se promener sur un terrain cultivé, par exemple après les labours, car les charrues remontent des vestiges à la surface (silex, tessons de céramiques, tuiles, pierres) arrachés aux sites archéologiques enfouis.
La prospection doit être systématique. Il faut prospecter en quadrillant bien le terrain et bien noter sur un plan les zones où ont été repérés les vestiges.
Les sites repérés par prospection dans les champs, souvent labourés depuis plusieurs siècles, sont hélas très arasés et les bâtiments enfouis sont généralement détruits en grande partie.

La toponymie

C’est l’étude des noms de lieux.
Les noms de lieux d’une région (sur les cartes, les cadastres, les documents anciens) peuvent être des indices pour découvrir des sites archéologiques, car certains noms sont très souvent évocateurs.
Chaque époque a laissé des noms de lieux, éliminant ou déformant ceux des époques antérieures.
Ainsi, beaucoup de noms de lieu datent de l’âge du Fer, notamment les noms de cours d’eau et de villes :
le Rhône (Rhodanus), la Loire (Liger), l’Yonne (Icauna), Mâcon (Matisco)…

Exemples de toponymes
– Vestiges d’habitats ou de constructions diverses : Vieux Moulin, Grange, Four, Maison rouge (ancienne villa gallo-romaine), Sous la Velle (sous la villa)…
– Vestiges de voies : Chemin Ferré, Chemin Pavé, Charrière…
– Vestiges de carrefours : Carrage, Carrouge, Charroux, Queyrefour, Croisette, Trèves, Tévidon (de bivium, trivium, quadrivum, furca)
– Vestiges de cimetière : Martroy, Le Champ des Morts (de martyrium)…
– Vestiges de cultures anciennes : les Vignes…
– Vestiges de sites artisanaux : la Forge, le Creusot…
– Souvenirs de personnes : Marcenay, Marcilly, Marsanay (de Marcus)…

Mais la toponymie est à manier avec précaution.

La documentation orale

La tradition orale peut renseigner grâce au souvenir de sites ou de découvertes anciennes. Souvent, ces informations ont été déformées avec le temps, par exemple une modeste céramique remplie de terre, de quelques ossements et d’un fragment d’objet en métal, est devenue une urne remplie d’un trésor monétaire ; un aqueduc romain peut être devenu un souterrain…
Mais même si le souvenir déforme l’information, il faut prendre en compte ces informations et les vérifier.

La documentation écrite

Certains vestiges peuvent être repérés à travers des documents historiques.
Les archives et documents anciens (textes des auteurs de l’Antiquité, tableaux, dessins, cartes et plans, cadastres, photographies), que l’on consulte aux archives départementales ou dans les archives des sociétés savantes, peuvent ainsi permettre de connaître des villages, des hameaux, des bâtiments aujourd’hui disparus.

Comment repérer les vestiges ?

La fouille étant toujours destructrice, longue et coûteuse, on cherche à collecter le maximum d’informations avant d’ouvrir un chantier.
Diverses démarches permettent de localiser un site archéologique enfoui, sans avoir à perturber le sol.
La première de ces démarches est la recherche de documents ou de témoignages qui pourraient donner des informations sur un lieu (étude des archives). Vient ensuite la prospection.
L’archéologie consiste à reconstituer l’évolution des cultures, des civilisations, des sociétés humaines disparues et de leur environnement à partir des vestiges matériels enfouis ou non et des traces laissées par les activités des Hommes.
Pour chaque période de l’humanité, l’archéologie veut comprendre la vie quotidienne des Hommes, le fonctionnement de leurs sociétés, les caractéristiques et les causes de l’évolution de ces sociétés et les dates des changements.

La démarche archéologique

Les archéologues ont pour objectifs d’étudier les modes de vie, l’organisation sociale, les structures familiales, les coutumes, les arts, l’exploitation du milieu “naturel” et les changements et évolutions depuis l’apparition de l’Homme dans une région jusqu’à nos jours.
Ils doivent, tout d’abord, rechercher, recueillir des informations et des indices matériels sur plusieurs sites. Cette documentation est partielle, incomplète, altérée, floue… Il faut ensuite analyser, traiter, interpréter les données de cette documentation en se servant des données du présent.
Il est bon de réfléchir, de regarder le présent avec l’œil de l’archéologue et d’envisager, même hypothétiquement, les traces que peuvent laisser :
– les gestes de la vie quotidienne,
– l’organisation de la production et de la consommation,
– les rapports entre les individus et les groupes,
– les relations avec le monde vivant et le milieu naturel,
– les formes d’expression, artistique, religieuse…
Il est également de plus en plus nécessaire de faire de l’archéologie expérimentale et de l’ethnoarchéologie (étude du comportement en relation avec l’environnement des individus), pour pouvoir interpréter les vestiges.
C’est une véritable démarche de détective.

La datation absolue

La datation absolue donne une date. Il existe plusieurs méthodes :

Le carbone 14 (14C)

Les organismes vivants fabriquent leurs tissus biologiques en assimilant du carbone atmosphérique dont une infime partie (le 14C) est radioactive donc instable. Lorsque l’organisme meurt, cette proportion diminue régulièrement : elle est réduite de moitié après 5 568 ans (avec une marge de + ou – 30 ans). La mesure de la proportion de 14C contenu dans un charbon de bois ou un os avec des appareils de grande précision permet donc d’estimer la durée qui s’est écoulée depuis la mort de l’arbre ou de l’animal.
Pour la période gauloise, les fourchettes d’incertitude atteignent souvent un siècle, ce qui fait que cette technique fournit souvent des datations moins précises que les objets (chronotypologie).

La dendrochronologie

Cette technique de datation nécessite de disposer de bois bien conservé (dans des milieux humides : fontaines, tourbières). Elle utilise une observation très simple : l’épaisseur d’un cerne de croissance de bois dépend des conditions climatiques de l’année. La succession de quelques dizaines de cernes est donc un véritable “code barre” qui ne se reproduit qu’une fois dans l’histoire. À partir d’une courbe de référence lentement reconstruite avec des milliers d’échantillons, on a ainsi pu dater des dizaines de fragments de bois de Bibracte à l’année près (si toutefois il y a l’aubier, dernier cerne sous l’écorce).

La thermoluminescence

Cette méthode physique permet de faire des mesures approximatives de l’âge d’un objet qui a été chauffé à température élevée (tesson de terre cuite, pierre qui a séjourné dans un foyer).
Le chauffage appauvrit certains cristaux (quartz) en électrons. Ensuite ces cristaux, dans leur milieu d’enfouissement, capturent de nouveau très lentement les électrons manquants. Le décompte de ces électrons manquants permet ainsi une mesure du temps écoulé depuis le chauffage.

Le paléomagnétisme

L’argile encore fluide utilisée pour fabriquer un foyer contient de minuscules aimants naturels (des cristaux de magnétite, FE3O4) qui s’orientent spontanément dans la direction du champ magnétique terrestre. Lors du refroidissement, les aimants naturels sont figés dans cette orientation. La méthode de datation par paléomagnétisme utilise le fait que la direction du champ magnétique terrestre ne cesse de changer. À partir de courbe de référence et de la mesure du champ magnétique, il est ainsi possible d’estimer la date à laquelle le foyer a été utilisé. Cette méthode de datation est très sensible, mais le manque d’une courbe de référence suffisamment longue limite son utilisation pour la fin de l’âge du Fer.

Les objets datés

Les monnaies romaines, par exemple, peuvent souvent être datées à l’année près, lorsqu’elle porte le nom d’un consul de l’année en cours ou lorsqu’elles donnent l’année du règne d’un empereur. Une telle monnaie retrouvée sur un site permet d’assurer que celui-ci a été occupé après sa date d’émission.

Un événement historique

Des témoignages écrits indiquent que Pompéi fut rayée de la carte par une éruption volcanique en 79 après J.-C. On sait donc que tous les objets retrouvés dans les ruines de la ville étaient en usage cette année-là. De proche en proche, cela permet d’estimer une date pour les sites où les mêmes objets ont été retrouvés.

L’interprétation des vestiges

Au-delà de la seule datation, l’archéologue a le souci de “faire parler” les vestiges qu’il découvre. Cet interrogatoire serré a pour objectif d’éclairer un peu la vie des personnes qui ont fabriqué un objet ou construit une maison que la fouille a mise au jour.
 
 
Bibracte EPCC - Centre archéologique - F-58370 Glux-en-Glenne