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Les gens

Vendredi 22 juin 2018

2e Prix Européen d’Archéologie Joseph Déchelette

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Entourée des membres du jury et de représentants des institutions partenaires du prix,  L’archéologue Sasja van der Vaart-Verschoof, lauréate du deuxième prix européen d’archéologie Joseph Déchelette, qui lui a été remis le 15 juin 2018 dans les murs de la bibliothèque du savant disparu en 1914, attenante au musée Joseph-Déchelette, à Roanne (Loire) © Ville de Roanne / Morgane Thorel 2018

 

Le vendredi 15 juin, jour du lancement des Journées nationales de l’Archéologie 2018, a été choisi pour décerner le 2e Prix européen d’Archéologie Joseph Déchelette, à la lauréate Sasja van der Vaart-Verschoof, docteur de l’université de Leyde (Pays-Bas).

La remise du prix s’est déroulée dans la bibliothèque du musée Joseph-Déchelette, musée municipal de Roanne. Cette bibliothèque est celle-là même où a œuvré Joseph Déchelette, savant né à Roanne en 1862, disparu prématurément sur le front de la Grande Guerre en 1914, et qui fut l’un des fondateurs de l’Archéologie européenne.

Le prix créé en 2016 et remis tous les deux ans vise à mettre en avant les travaux d’un jeune archéologue, en le soutenant au moment critique de la carrière de tout chercheur qui est celui qui suit la soutenance de sa thèse de doctorat. À l’issue d’un appel à candidatures lancé à l’automne 2017, le jury réuni le 25 avril dernier a dû départager trente-six candidats émanant de dix pays.

Le jury a décidé à l’unanimité de décerner le prix Sasja van der Vaart-Verschoof, docteur de l’université de Leyde, avec l’appréciation suivante :   
La thèse de Sasja van der Vaart-Verschoof, soutenue en 2017 à l’Universiteit Leiden (Pays-Bas) et déjà publiée, renouvelle l’étude des débuts de l’âge du Fer (IXe – VIIe siècles avant notre ère) en proposant une analyse originale des rituels funéraires de l’élite qui apparaît à cette période sur une vaste portion du territoire européen (le domaine dit « hallstattien » et ses marges). Menée dans une perspective résolument européenne, cette recherche montre que l’émergence de l’élite s’appuie sur des relations régulières à l’échelle inter-régionale.  Avec le soutien du prix, Sasja van der Vaart-Verschoof se propose d’élargir son enquête dans une approche pluridisciplinaire afin de préciser la nature des liens entre les membres de cette aristocratie qui imprime une vitalité nouvelle aux régions concernées en orientant durablement leur développement socio-économique.

La lauréate s’est vu remettre un chèque de 10.000 €, émanant de l’association Joseph-Déchelette, fondatrice du prix, et de plusieurs de ses partenaires : le ministère de la Culture associé à Bibracte et le Römisch-germanisches Zentralmuseum (Mayence). D’autres partenaires du prix (liste complète infra) gratifient la lauréate de séjours de recherche dans leurs locaux.

Aux côtés de la lauréate du prix, le jury du prix a souhaité distinguer deux candidates en leur attribuant une mention spéciale :                   

. Par une approche à la fois technologique, typologique et analytique, ce qui en fait l’originalité, la recherche doctorale de Joëlle Rolland, préparée à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, renouvelle notre compréhension des parures en verre caractéristiques du second âge du Fer (IIIe – Ier siècles avant notre ère) dans le domaine celtique.                    
. En appréhendant à l’échelle européenne les céramiques à décor estampé qui s’épanouissent au Ve siècle avant notre ère en Europe centrale et occidentale, la recherche doctorale de Gadea Cabanillas de la Torre, préparée à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’Universitad Autónoma de Madrid, propose une nouvelle grille d’analyse particulièrement convaincante de l’expression artistique des sociétés protohistoriques.

 

La lauréate

Sasja van der Vaart-Verschoof est une jeune universitaire néerlando-américaine âgée de 31 ans qui a récemment obtenu son doctorat à la Faculté d'archéologie de l'Université de Leyde, avec un mémoire sur les sépultures de l’élite du début de l'âge du fer des Pays-Bas. Sa fascination pour ce sujet a débuté lors d'un stage au musée national des Antiquités de Leyde en 2009, quand on lui a demandé d'organiser la nouvelle vitrine du mobilier de la célèbre sépulture aristocratique d'Oss. Elle s'est trouvée complètement captivée par cet ensemble archéologique exceptionnel, qui a marqué le début de sa carrière de spécialiste du premier âge du fer.

En plus d’avoir consacré son mémoire de master, puis son doctorat, aux sépultures de l'élite du début de l’âge du Fer des Pays-Bas (son doctorat étant d’ores et déjà publié dans la série PALMA du musée national des Antiquités), Sasja a également initié, co-organisé et publié un séminaire international pendant sa thèse de doctorat sur les connexions et interactions à grande échelle pendant au début de l’âge du Fer (période dite du Hallstatt C). Tant ce séminaire que sa thèse de doctorat ont démontré l'intérêt d'une perspective européenne sur ces tombes si l’on veut comprendre les contacts à grande échelle qui existaient au sein des membres de l’élite de cette époque, qui fut déterminante pour la construction des sociétés européennes.

Cette époque a en effet vu une émergence  sans précédent des élites, qui étaient été enterrées avec des armes, de la vaisselle et des chariots en bronze donc les décors avaient une signification cosmologique – Joseph Déchelette a été l'un des premiers à décrire et cataloguer de tels objets dans son Manuel d'Archéologie. Ces "tombes princières" se trouvent principalement dans la culture dite hallstattienne d'Europe centrale (nommée d’après un site des Alpes autrichiennes), mais des sépultures dotés des mêmes objets se trouvent également dans des régions périphériques, avec une concentration particulière aux Pays-Bas qui indique des contacts directs sur des centaines de kilomètres. La nature de ces contacts à longue distance, au sein d’une société qui ne disposait pas de l’écriture, est une question qui fascine Sasja.  Après avoir étudié en détail les sépultures des élites du territoire des actuels Pays-Bas et de la Belgique, elle poursuit donc ses recherches sur cette période en examinant comment ces tombes se rapportent à celles trouvées en France, en Allemagne et en Autriche, ainsi qu'à d’autres plus lointaines. Elle a commencé à examiner la exceptionnellement riche de Frankfurt-Stadtwald et est enthousiaste à l'idée d'explorer plus avant d'autres ensembles funéraires sépultures européens, ce que lui permet l'attribution du Prix européen d’archéologie Joseph Déchelette.

www.vanderVaart-Verschoof.com

 

Un prix de 10 000 euros

Le prix est doté d’une enveloppe de 10.000 € se répartissant ainsi : l’association Joseph Déchelette pour 4.000 €, le ministère de la Culture et de la Communication (en association avec Bibracte) pour 4.000 € et  le Römisch-germanisches Zentralmuseum (RGZM, Mayence) pour 2.000 €.

S’y ajoutent plusieurs gratifications en nature sous la forme de séjours de recherche dans des institutions européennes : RGZM, musée d’Archéologie nationale, Laténium (Suisse), Bibracte, sans oublier la bibliothèque du musée Déchelette, d’une exceptionnelle richesse.

 

Qui était Joseph Déchelette ?

Né à Roanne en 1862, Joseph Déchelette mena de front ses recherches savantes d’archéologie avec sa carrière de capitaine d’industrie dans le textile. Après des travaux de jeunesse dans sa province natale du Forez, ce sont ses recherches sur la céramique gallo-romaine puis sur les sites fortifiés de la fin de l’âge du Fer (à partir des fouilles de l’oppidum de Bibracte, en Bourgogne) qui lui valurent la reconnaissance du monde savant à l‘échelle européenne. Les  quatre volumes parus de son Manuel d’archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine resté inachevé assirent définitivement son rayonnement européen. Enrôlé à sa demande dans une Unité combattante alors qu’il avait 52 ans, il tomba sur le front dès le 4 octobre 1914.

Son activité professionnelle dans l’industrie de la cotonnade roannaise  déteignit de façon importante sur ses recherches savantes, contribuant à l’originalité de son regard au sein d’un monde académique habituellement plus replié sur ses études. En outre, sa capacité de synthèse exceptionnelle lui permit de véritablement  inventer l’archéologie protohistorique. Cela répondait à sa conviction, originale dans le monde académique, « que la culture marche toujours sur les traces de l'économie et ne se maintient qu'au prix des échanges : par conséquent, il s'attachait à la nature des relations entre les hommes plutôt qu'à leur identité » (S. Lewuillon). Ainsi se garda-t-il largement de l’interprétation « culturaliste » qui se servait des données archéologiques pour accréditer des dérives nationalistes.

 

Le jury

Le jury, placé sous la présidence de Mme Anne-Marie Adam, professeur émérite de l’université de Strasbourg et présidente du Conseil scientifique de Bibracte, comprenait les personnalités suivantes :
. M. Philippe Barral, président de l’association, professeur à l’université de Franche-Comté, représentant l’association française pour l’étude de l’âge du Fer (AFEAF)       
. M. Gilles Déchelette, président de l’association Joseph Déchelette
. M. François Fichet de Clairfontaine, inspecteur général de l’architecture et du patrimoine, représentant  le ministère de la Culture et de la Communication         
. M. Marc-Antoine Kaeser, directeur du Laténium, professeur associé à l’université de Neuchâtel
. Mme Catherine Louboutin, adjointe au directeur, responsable de la politique scientifique, représentant le musée d’Archéologie nationale
. M. Claude Mordant, président de l’association, professeur émérite à l’université de Bourgogne, représentant l’association pour les recherches sur l’âge du Bronze (APRAB)
. Mme Nathalie Pierron, conservatrice du musée Joseph Déchelette
. Mme Sandra Pere-Nogues, maître de conférences à l’université Jean-Jaurès – Toulouse 2
. M. Michel Reddé, directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, Paris
. M. Martin Schönfelder, chercheur au Römisch-germanisches Zentralmuseum (RGZM)

 

La finalité du prix

Le Prix européen d’Archéologie Joseph Déchelette a l’ambition de combler un manque : de tels prix sont en effet très rares dans cette discipline scientifique. Ses critères d’attribution comprennent les valeurs qui distinguèrent Joseph Déchelette : ouverture d’esprit, dimension européenne de la réflexion, rigueur intellectuelle, sens pratique. Il se veut largement ouvert à la communauté archéologique internationale.  Il concerne les jeunes chercheurs ayant soutenu leur thèse de doctorat depuis moins de deux ans, sur un sujet concernant la Protohistoire européenne (âges des métaux). Afin de ne pas établir de restriction sur la langue de rédaction de la thèse, il est demandé aux candidats d’en fournir un résumé en français ou en anglais, ainsi que des perspectives de travail pour l’année suivant l’attribution du prix.

 

L’association Joseph-Déchelette, initiatrice du prix

Le prix a été créé à l’initiative de l’association Joseph-Déchelette afin d’entretenir la mémoire de ce grand savant et promouvoir la discipline qu’il affectionnait.          
L’association Joseph-Déchelette a été fondée en 2010 à l’initiative de son arrière-petit-neveu Édouard Déchelette(†), afin d’entretenir la mémoire de ce grand savant et promouvoir la discipline qu’il affectionnait. Ses premières actions ont été de préparer la Commémoration du Centenaire de la disparition de Joseph Déchelette, sous la forme d’un colloque international tenu en 2014 à Roanne sous la direction scientifique de Sandra Pere-Nogues, maître de conférences à l’université Jean-Jaurès (Toulouse) et d’un ouvrage collectif  « Joseph Déchelette, un précurseur de l’Archéologie européenne » édité sous la même direction scientifique aux éditions Errance / Actes Sud.

L’institution du Prix européen d’Archéologie Joseph Déchelette se place dans la suite logique de ces actions fondatrices de l’association Joseph Déchelette. Le premier lauréat en a été Eneko Hiriart qui a reçu le prix le 17 juin 2016

 

Les partenariats

Pour cette deuxième édition du prix, l’association Joseph-Déchelette a bénéficié de partenariats avec différentes institutions françaises et européennes :

. le ministère de la Culture et de la Communication / direction générale des Patrimoines
. la ville de Roanne /  musée Joseph-Déchelette
. le Römisch-germanisches Zentralmuseum (RGZM), Mayence, Allemagne
. le musée d’Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye
. le Laténium, parc et musée d’archéologie, institution de la République et Canton de Neuchâtel, Suisse
. l’association pour les recherches sur l’âge du Bronze (APRAB)
. l’association française pour l’étude de l’âge du Fer (AFEAF)
. The European Association of Archaeologists
. Bibracte / Centre archéologique européen