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16 mars > 11 novembre 2019

Fragments

Scrollez vers le bas

Une exposition de photographies de TINGAUD

 

Explorateur du monde contemporain, Jean Marc Tingaud enregistre, sur tous les continents, ce que lui révèlent les âmes humaines, tirant de chaque Intérieur visité le portrait sensible de celui qui l’habite. Déployées dans l’exposition permanente, une vingtaine de photographies de l’artiste proposent un dialogue inédit entre fragments et vestiges du temps…

 

 

FRAGMENTS
Carnet de notes d’un proto-archéologue

Depuis l’origine relativement récente de la photographie - qu’est-ce que 193 ans à l’échelle d’une l’histoire de l’humanité qui en compterait approximativement 200 000 ? - les hommes n’ont jamais cessé de s’interroger: la nature, les animaux, les autres hommes, se nourrir, s’abriter, se chauffer, les divinités, les vivants, les morts, l’amour, la guerre, la paix, le bien, le mal, la terre, le ciel, le vent, l’eau des ruisseaux, des rivières, des fleuves et de l’océan, le feu des herbes et celui de la foudre, la neige et la glace, les grondements venus des tréfonds de la terre…

Ils n’ont jamais cessé aussi de documenter, commenter, argumenter, témoigner. Mais comment transmettre lorsqu’on doit tout inventer, passer du borborygme au langage, du cri informe au chant identifié, du trait improbable au dessin maîtrisé, de la glaise molle à la forme figée ?

Autant dire que la proposition qui m’a été faite par Laïla Ayache, d’exposer au sein même des collections du Musée Archéologique de Bibracte m’a impressionné, pour ne pas dire stupéfait. Ces salles, je les ai parcourues de nombreuses fois, la plupart du temps en famille, souvent accompagné des amis de nos enfants. J’aime le site, la belle nature qui l’entoure, l’architecture de Pierre Louis Faloci, la clairvoyance rare d’un Président de la République, François Mitterrand, décidant de sa création, jumelée à celle d’un Centre européen de recherche archéologique où se retrouveraient des étudiants venus de toute l’Europe. Impressionné sûrement, jusqu’au moment où j’ai compris qu’en m’invitant à exposer mon travail en regard des découvertes constituant les collections du Musée, il y avait bien un lien de parenté très fort entre les recherches des archéologues et les miennes. Il est vrai qu’en parcourant le Monde, j’étais sans doute à la recherche d’improbables vestiges de présence humaine dans des espaces de vie ou de travail ignorés la plupart  du temps par les esthètes les plus avisés, par les sociologues ou anthropologues les plus perspicaces… Cette passion pour la recherche, artistes et scientifiques se la partagent à l’évidence.

C’est dans l’intimité de mes contemporains, au hasard des continents, que mon travail s’est trouvé fécondé, patiemment construit et finalement révélé, sur des terrains où vestiges archéologiques et chroniques intimes se croisent…

De chronologie il faut bien sûr parler, car dès le déclenchement de l’obturateur, l’image capturée bascule dans le passé, ce qui n’empêche pas l’espace photographié d’être lui-même porteur de sa propre histoire, nous entraînant dans une mise en abîme temporelle sans fin… Il s’agirait donc, dans ce travail photographique, d’établir seulement une sorte de pré-inventaire à l’usage des archéologues des années 4000 ? Rien n’est moins sûr…

Cette relation avec l’archéologie, sur une autre échelle chronologique, m’a nourri tout autant, avec un vocabulaire (campagne, périmètre, datation, inventaire, recherche, mise à jour, découverte, conservation…) qui nous est curieusement commun, comme l’est aussi cette incertitude de la découverte dans des mondes enfouis ou ignorés, comme l’est encore la question des strates. Ce que nous révèlent conjointement archéologie et photographie, c’est aussi, autour de la question du choix des champs d’investigation, la nécessité de définir les limites de la découpe dans l’espace, espace de la recherche, espace de capture de l’image avec une découpe très précise qui en exclut impitoyablement le hors-champ.

Dans ma démarche, il n’y pas de hiatus, encore moins de paradoxe, entre la contemplation d’œuvres d’art consacrées et celle, bien plus discrète et anonyme, qui me conduit à découvrir, partout dans le monde, des panthéons intimes, résonnant comme des portraits. Une fois rassemblées, comme ce sera le cas dans cette exposition, les pièces dessineront les contours d’une vaste humanité, dans ce qu’elle nous révèle de beauté et de sensibilité poétique.

L’image choisie pour l’affiche de l’exposition, intitulée « Les temps nouveaux », a été capturée dans un intérieur de Berlin-Est, quelques mois après la chute du Mur. Elle nous montre peu, mais nous dit beaucoup sur la destinée, l’histoire, individuelle et collective souvent confondues. Elle nous dit qu’un jour, une famille a franchi l’enceinte pour aller acheter de l’autre côté de l’interdit, une simple horloge à quartz, pour remplacer, au même endroit sur le mur, une pendule en bois, avec un mécanisme que l’on remonte avec une clé, avec un balancier qui fait tic-tac. Ils en avaient hérité de leurs parents qui habitaient là, avant la construction du Mur.

Elle nous dit qu’une fois détrônée, la pendule a laissé sa trace…

Jean Marc Tingaud
Paris
14 février 2019

 

Télécharger le livret de l'exposition (PDF 370 Ko)

 


 
 
  • informations pratiques

    Dates et horaires
    Du 16 mars au 11 novembre 2019.
    Tous les jours de 10h à 18h, sans interruption.
    Jusqu’à 19h en juillet et août, 22h les mercredis.

    Tarifs (comprenant l’entrée au musée)
    Pein tarif : 7,50 €
    Tarif réduit : 5,50 € *
    Gratuit pour les moins de 12 ans en famille et le 3e enfant d'une famille.

    * Les réductions applicables, sur présentation d’une carte justificative :
    - personnes de plus de 65 ans
    - 12 / 18 ans
    - étudiants jusqu’à 26 ans
    - enseignants
    - chômeurs
    - handicapés
    - fonctionnaires du Ministère de la Culture
    - conservateurs de musée