Sacré Mormont ! Une enquête archéologique chez les Helvètes

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Exposition présentée au musée de Bibracte du 25 juin au 13 novembre 2022.

En bref

En 2006, au Mormont, une colline suisse située au pied du Jura, les archéologues font une découverte totalement inattendue : des centaines de fosses creusées dans le sol, recelant d’exceptionnels dépôts de mobiliers.

Cette découverte dénote une occupation de grande ampleur de la fin du second âge du Fer, vers 100 av. n. ère, dont les vestiges témoignent d’activités multiples et souvent énigmatiques, bien différentes de celles traditionnellement rencontrées sur les sites de cette période.

Depuis 15 ans, les archéologues mobilisent de multiples techniques d’investigation pour tenter de percer le mystère du Mormont. Pourtant, aujourd’hui encore, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Comment interpréter les traces d’activités humaines de ce site, sans comparaison dans le monde celtique ? Qui étaient les hommes et les femmes qui l’ont fréquenté, et pourquoi y ont-ils parfois pratiqué des actes que l’on qualifierait aujourd’hui d’impensables ? Que s’est-il vraiment passé au Mormont, il y a plus de 2100 ans ?

Cette exposition fait le point sur cette enquête archéologique toujours active, et révélatrice de la façon dont les archéologues analysent et mettent en récit leurs découvertes.

Dans une scénographie évoquant un laboratoire de police scientifique, les dizaines d’objets présentés, exceptionnels par leur usage inhabituel ou leurs assemblages improbables, sont autant d’indices permettant d’appréhender ce site énigmatique.

 

Une exposition réalisée en collaboration avec le Musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne, la Division archéologie du canton de Vaud et Archeodunum SA (Suisse).

 

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La colline du Mormont, lieu singulier du paysage vaudois

À mi-distance entre le Léman et le lac de Neuchâtel, ce promontoire rocheux relié au Jura forme la ligne de partage des eaux entre le bassin du Rhin, vers la mer du Nord, et celui du Rhône, vers la Méditerranée.

Anomalie géologique, le calcaire qui compose la colline a profondément contribué à la destinée du lieu. Depuis 1953, ce calcaire est intensivement exploité par une carrière alimentant une cimenterie.

Le site du Mormont a fait l’objet de recherches archéologiques entre janvier 2006 et septembre 2016. Durant cette décennie, la durée totale des fouilles a été de 53 mois, avec une équipe composée de 8 à 10 archéologues. Une opération d’une envergure exceptionnelle.

Un site exceptionnel, unique dans l’Europe celtique

Fouillée pendant 10 ans, la colline du Mormont a révélé plus de 600 structures, dont les trois quarts se rattachent à l’occupation datée de la fin de l’âge du Fer.

Que trouve-t-on sur le site ? Des vestiges de foyers, de nombreuses traces de poteaux, des zones de rejet, et surtout plusieurs centaines de fosses, creusées dans le sol de la colline. Elles contenaient des milliers d’objets encore fonctionnels, mais aussi des restes de repas, et de multiples corps humains et animaux.

Une telle variété n’a aucune comparaison sur les autres sites de l’âge du Fer en Europe : les vestiges du Mormont ne ressemblent ni à une nécropole, ni à un site d’habitat, ni même à un de ces sanctuaires architecturés que l’on connaît ailleurs dans le monde celtique. Face à cette singularité, c’est bien dans les centaines de fosses que se trouve la principale clé de compréhension du site.

Des fosses par centaines

Depuis 2006, 245 fosses à dépôts ont été fouillées sur le site. Chacune renfermait des dépôts intentionnels d’objets variés.

L’analyse des fosses apporte des informations concordantes : celles d’une utilisation du Mormont sur une période courte et d’une gestion très organisée de l’espace.

Isolés ou en amas, entiers ou sous forme de fragments, le comblement des fosses du Mormont a livré un très grand nombre d’objets, souvent très bien conservés.

Ces objets appartiennent à toutes les catégories en usage à la fin de l’âge du Fer, à l’exception notable des armes. S’y trouvent ainsi, des ustensiles culinaires, de la vaisselle métallique prestigieuse aux côtés d’objets de la vie quotidienne, des outils d’artisans comme des restes d’activités métallurgiques, mais aussi de la parure, des monnaies ou encore des jetons, associés à des ossements d’animaux, et à de nombreux ossements humains.

Une interprétation difficile

Certains objets semblent avoir été jetés depuis le haut de la fosse, tandis que d’autres ont été agencés et mis en scène. Certains sont encore en état de fonctionnement, d’autres ont été mutilés afin de les rendre inutilisables.

Il n’existe ainsi pas de pratique systématique dans le traitement des objets au Mormont. Cette absence de répétition des mêmes gestes, pourtant caractéristique des pratiques rituelles, est justement ce qui est troublant sur ce site, et rend son interprétation difficile.

D’un simple enfouissement de déchets à une pratique rituelle codifiée, comment percevoir l’intention qui se cache derrière chaque dépôt à partir des seuls vestiges archéologiques ?

Vaisselle de prestige, céramique, meules outillage métallique, entraves, bijoux, monnaies, ce sont plus de 200 objets qui sont présentés dans l’exposition, pour la première fois en France.

Le Mormont sous l’œil des experts 

Une fois la fouille terminée vient le temps de l'analyse. Pour cela, différents experts du domaine de l’archéologie ont été mobilisés : restaurateurs, spécialistes du métal, céramologues, numismates, archéozoologues, anthropologues, géologues…

Dans le cas du Mormont, la grande variété des vestiges exhumés et le caractère déconcertant de la découverte ont conduit à l’utilisation de méthodes d’analyse et d’imagerie de pointe.

Ces approches croisées tentent de tirer le maximum des informations portées par les objets découverts, pour tenter d'apporter des réponses :

  • sur la période et la durée d'utilisation des lieux (quand ?)
  • sur les pratiques accomplies sur le site (comment ?)
  • sur l'identité de la population qui est à l'origine du site (qui ?)
  • sur la nature et la fonction du site (pourquoi ?).

L’enquête suit toujours son cours en 2022. Des éclaircissements ont été apportés sur plusieurs de ces questionnements, mais d'autres restent encore aujourd'hui sans réponse définitive.

Une multitude d’animaux

Parmi les milliers d’ossements extraits des fosses du Mormont, on trouve toute la diversité du cheptel domestique du second âge du Fer : bœufs, moutons, chèvres, porcs, mais aussi chevaux et chiens. L’âne et les animaux sauvages, comme l’ours, le cerf ou le loup, sont nettement plus inhabituels.

La plupart des os d’animaux domestiques présentent des traces de découpe, de prélèvement de la viande voire de cuisson à la flamme. Comme souvent à cette période, le chien fait aussi partie des mets !

Cependant, tous les animaux n’ont pas été consommés. En effet, certains os témoignent de pratiques de sélection étonnantes : une quarantaine d’animaux ont été déposés entiers, certains à l’état de cadavres frais, d’autres sous la forme de carcasses en partie disloquées après un temps d'exposition à l'air libre plus ou moins long. Et comment interpréter ces corps de chevaux, vaches et veaux précipités dans des fosses, la tête la première ou par l’arrière-train ?

Les humains, des animaux comme les autres ?

Des restes de femmes, hommes et enfants de tous âges ont été mis au jour dans près d'un tiers des fosses. On y retrouve des corps complets, des parties de corps, des corps auxquels on a retranché une ou plusieurs portions anatomiques et de nombreux os isolés. Au total, ces restes appartiennent à 40 à 50 individus.

Certains corps ont été déposés avec un traitement respectueux, évoquant une sépulture. D’autres adoptent des positions étonnantes, sur le ventre, assis. Un enfant semble avoir été jeté, la tête la première, au fond d’une fosse profonde de 4 mètres.

Têtes coupées, corps démembrés, morcelés, ou os volontairement brisés sont parfois mis en scènes, en association avec d’autres types de mobilier. De nombreux ossements isolés se mêlent ainsi aux restes animaux dans les amas culinaires. Deux corps présentent des traces de découpe et d’exposition au feu, et posent la question d’une éventuelle anthropophagie.

Que conclure face à cette diversité des pratiques et du traitement des corps humains, si difficile à interpréter ? Ce qui interpelle au Mormont, c’est la proximité inhabituelle entre le traitement des restes humains et celui des restes animaux.

Que s’est-il passé sur le Mormont ?

Après dix ans de fouilles et quinze années d’analyse, est-on capable d’affirmer ce qui s’est passé sur la colline du Mormont voici vingt et un siècles ? Les experts ont permis de répondre, pour partie, à deux questions : “Quoi ?”, et “Comment ?”.

De nombreux éléments restent toutefois l’objet de débats quant au “Qui ?” et au “Quand ?”, repoussant d’autant toute possibilité d’entrevoir un jour la réponse au “Pourquoi ?”.

Ce dossier montre les limites de la recherche archéologique : les vestiges enfouis sont autant de pièces à conviction, mais il nous manque la parole irremplaçable des témoins.

Alors, pour « mettre en récit » leur découverte, les archéologues n’ont d’autre alternative que d’extrapoler, de convoquer des analogies avec des faits avérés par l’observation ethnologique, d’envisager des hypothèses qui vont au-delà de ce qui est démontrable.

Il n’existe ainsi pas de vision univoque des événements du Mormont. Chacun, qu’il soit archéologue, historien ou visiteur curieux, possède sa propre appréciation, dans une multiplicité des points de vue à la hauteur de ce site exceptionnel.

Et d’après vous ?

A l’issue de l’exposition, le visiteur a désormais toutes les pièces du dossier en main et devrait être en mesure de s’être fait une opinion.

A lui de voter, à l’aide de jetons, pour le scénario qui lui paraît le plus convaincant, voire de donner sa propre interprétation de l’histoire du Mormont.

Était-ce :

.  Un lieu de culte ou sanctuaire, au vu des dépôts d’objets de valeur qui semblent constituer les offrandes ?

. Un lieu de refuge, dans un contexte de crise ?

. Un camp militaire, au vu du grand nombre de chevaux découverts dans les fosses, dont certains étaient d’origine méditerranéenne ?

. Une nécropole, au vu des inhumés découverts dans certaines fosses ?

Générique

Une exposition conçue en partenariat avec :
. La direction des immeubles et du patrimoine - archéologie cantonale du Canton de Vaud (Suisse)
. Le musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne (Suisse)
. Archéodunum SA (Suisse)

 

Conception de l’exposition 

Commissariat 
. Laïla Ayache, conservatrice du musée de Bibracte
. Julia Genechesi, directrice adjointe du musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne (Suisse)
. Claudia Niţu, archéologue, responsable d’opérations, Archeodunum SA (Suisse)
. Gervaise Pignat, ancienne conservatrice du patrimoine archéologique à la Division archéologie du canton de Vaud (Suisse)
avec l’aide précieuse de Clara Filet (université Paris I - Sorbonne)

Comité de pilotage
. Vincent Guichard, directeur général de Bibracte
. Lionel Pernet, directeur du musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne (Suisse)
. Nicole Pousaz, archéologue cantonale, Canton de Vaud (Suisse)
. Sébastien Freudiger, directeur d’Archeodunum SA (Suisse)

Comité scientifique
. Sylvie Barrier, archéologue céramologue, Archeodunum SA
. Caroline Brunetti, céramologue, archéologue cantonale, canton du Valais
. Olivier Buchsenschutz, directeur de recherche émérite au CNRS
. Matthieu Demierre, archéologue, spécialiste du mobilier métallique, Archeodunum SA et université de Lausanne
. Anika Duvauchelle, archéologue, spécialiste du mobilier ferreux, Site et musée romain d’Avenches, canton de Vaud
. Audrey Gallay, anthropologue, Archeodunum SA
. Anne Geiser, numismate, ancienne directrice du musée monétaire de Lausanne
. Michel Guélat, géologue Sediqua Geosciences sarl, Delémont (Suisse)
. Patrice Méniel, archéozoologue, directeur de recherche au CNRS

Scénographie 
 Laïla Ayache, Bibracte / Livia Marchand et Benoit Mouxaux, atelier Pangram avec la collaboration de Julien Langevin, Claude Sainjon et Gérard Blanchot (Bibracte)

Prêts des objets exposés
Musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne (Suisse)

L’exposition a été produite au sein du réseau de musées Iron Age Europe. Elle est le résultat du partenariat de Bibracte et du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne, membres du réseau, qui se sont associés à la Division archéologie du canton de Vaud (Suisse) et à l’entreprise d’investigations archéologiques Archeodunum SA.

Elle sera présentée sous une forme enrichie dans les espaces du Palais de Rumine, à Lausanne, à partir de mai 2023, à l’occasion du Colloque international de l’Association Française pour l’Étude de l’Âge du Fer (AFEAF).

Regards croisés sur l'exposition